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INTERVIEW
RANSKA.NET / ITV FRANCO-FINLANDAISE Depuis 1997, Ranska.net occupe une place centrale dans les relations franco-finlandaises. Notre communauté virtuelle est devenue LE lieu d'information, d'échanges et de rencontres entre les Francophones et les Finlandais. (28/03/05)
1) Pourriez-vous nous dire comment avez-vous décidé de devenir musicienne ? Magali Fortin : Ayant un père musicien qui jouait de l’accordéon et une mère mélomane, j’ai baigné dans cette atmosphère depuis ma naissance. A 8 ans, j’ai demandé à mon père de m’inscrire au conservatoire de musique afin d’y apprendre le piano. Je rêvais de devenir pianiste mais ce n’est qu’à l’âge de 20 ans que je me suis payée des cours de musique et que j’ai commencé sérieusement à composer mes premières « vraies » créations. 2) Parmi tous les musiciens qui vous ont influencée, quels ont été les plus marquants ? Il m’est difficile de répondre à cette question car je ne me sens pas influencée par un compositeur ou un musicien. Je sais très bien que l’on ne vit pas dans un vase clos où sa création sera une « pure création » et qu’en fait, quoi que l’on compose a des racines, qu’on le veuille ou non, en rapport à sa culture, ses goûts, ses écoutes, son enseignement musical… et que par conséquent on est influencé par ses pairs et ses anciens. C’est une évidence. Mais citer le nom de la ou des personnes qui m’ont influencée m’est très difficile. J’ai une écoute tellement diversifiée et reçu un enseignement musical si large et si vaste que ce serait mentir de dire, c’est cette ou ces personnes. Je répondrai alors : c’est un ensemble de styles, un tout. Par exemple, ce n'est bien souvent qu'à la fin du morceau comme celui intitulé « Blue Note » (qui a donné son nom à l'album) que je réalise que papa me faisait écouter le concerto pour flûte et harpe de Mozart quand j'avais 10 ans. Mais je n’écoutais pas que Mozart et je me souviens également avoir écouté les musiques traditionnelles des Andes que l’on peut imaginer dans le jeu de « Blue Note » au même titre que la harpe dans mon écoute des musiques celtiques et classiques. « Social Slalom Slap Bass » est très jazz et aurait pu appartenir au registre de ma mère. Mais de là à vous répondre que j’ai été influencée par Gershwin, Bechet, Ray Charles, Miles Davis, James Brown, la vague Ragtime… Très certainement, sans doute mais lequel plus que l’autre ? Je ne sais pas. Pour « Crossing main street », un ami producteur-arrangeur m’a dit : « Ce morceau sonne comme du Jo Satriani ! ». Personnellement, je ne travaille pas avec le même matériel et de plus lorsque j’ai composé ce morceau, je n'ai pas pensé un seul instant à son travail bien que je connaisse la plupart de ses albums. Parallèlement, un ami philosophe, pour ce même morceau m’a dit : « Tu as travaillé dans le même style que John Cage ! (*)». Donc… Pour conclure, je dirai que chacun trouvera dans mes morceaux une influence qui ne sera pas forcément celle qui m’a influencée ! Un peu comme dans les explications de poésie au Bac où chacun donne sa version des faits. Je peux expliquer rationnellement mon travail, les étapes de réflexion par lesquelles je suis passée, les influences qui entourent mon univers mais pas le détail. (*)John Cage dans les recherches sur le timbre Dès First Construction (in Metal) de 1939 ou Living Room Music de l'année suivante, les sons semblent écoutés pour eux-mêmes. Sans jamais rechercher l'effet sonore, la musique respecte et intègre les sons survenant par hasard dans la vie, en dehors de toute culture. Pourtant, Cage souligne souvent l'importance de l'action d'écouter (écoute des bruits de la ville ou de la nature...)».
3) Quels sont les avantages et les inconvénients du fait d'être musicienne ? Les avantages : La musique me permet de m’exprimer au-delà des mots usuels, du langage parlé. Elle est une forme d’expression où je me sens chez moi. Dans le Sud, on parle beaucoup avec les mains, très vite, avec des accentuations de voix bien de chez nous. La musique m’oblige à rechercher un mode d’expression différent, de devenir muette et de vous parler malgré tout de mon et de notre monde, notre Blue Note. Elle est une forme de voyage. Je pourrais même y mettre un écriteau du style : «Ici, plus un bruit ! On écoute les émotions qui passent… ». C’est une chance de travailler à ses côtés. Et puis la musique me permet d’oublier un instant la réalité si terre à terre de nos vies ! La musique me permet de voir plus beau, d’illuminer mes rêves ! Les inconvénients : Devoir à chaque album se remettre en question, évoluer, être sans cesse créatif de manière à ne pas régresser, stagner. Surprendre à chaque album par la manière que l’on a d’aborder différents sujets. C’est donc très stressant et très angoissant parce que j’aime la belle ouvrage, le réfléchi.
4) Si je vous dis "Finlande" ou "Finlandais" à quoi pensez-vous ? Sauna ! Rennes ! Lapons ! Nokia ! Neige ! Froid ! Magique nuit polaire ou Soleil de minuit ! Bois ! Saumon ! ….
5) Connaissez-vous la musique finlandaise ou des artistes finlandais ? Oui, mon père écoutait beaucoup de musique classique dont vos compositeurs. Je pense à Sibelius et sa valse triste, Bergman. Valse triste qui a d’ailleurs illustré la publicité de l’une de nos plus grandes marques de voitures françaises.
6) Et comment pourriez-vous définir votre style musical ? Du Magali Fortin ! (voir question 2) Ce mélange d’influences qui me donne au final cette personnalité musicale si indistincte. Ce melting pot musical ! Mais aussi un état d’esprit conducteur.
7) Avez-vous le sentiment que votre style musical a beaucoup changé au cours des années ? Oui, il progresse techniquement. Et l’acquisition de la technique me permet d’évoluer vers d’autres directions. Un peu comme un escalier que l’on gravit petit à petit et qui vous ouvre de nouveaux escaliers, de nouveaux chemins parallèles qui vous permettent également de revenir à votre escalier principal. Disons aussi que les pensées de musique, d’orchestrations, qui traversent mon esprit commencent à devenir quasiment similaires à l’écoute du final, de sa réalisation concrète. Mon esprit et le résultat final finiront par se confondre. D'ici quelques années, je pense que ce sera parfait ! Il y a presque une adéquation entre ma pensée et sa réalisation. Ce qui me rend heureuse. Et puis j’ai l’impression de m’épanouir vers d’autres voies que le chant et les musiques de support chanté. Je change donc de parcours pour y revenir avec d’autres idées d’orchestrations.
8) Comment percevez-vous ces changements et comment les expliquez-vous ? Très positivement, être la continuité de mon cheminement musical. C’est dans ma personnalité. Je ne peux concevoir la création qui serait la même du début à la fin. Un peu comme un travail à la chaîne où je déclinerais à l’infini, le même rythme, les mêmes accords, les mêmes thèmes, resservirais la même soupe. Je m’imagine difficilement faire les mêmes musiques des années durant. Tout comme, je ne pars jamais en vacances au même endroit et je ne fais jamais mes courses dans le même supermarché. J’ai horreur de la routine, elle me glace. Il y a des personnes, vous les quittez et vous les retrouvez 20 ans après identiques. Magali Fortin doit évoluer. C’est une question de survie pour mon esprit.
9) Avez-vous déjà envisagé de changer totalement de style musical ? Si l’on écoute Blue Note, sur les 16 titres, il n’y en a pas un similaire. On passe du jazz, au celtique, à la musique de cirque, au bruit des marteaux piqueurs sur fond de guitare saturée… Je reste fidèle à mes objectifs, créer en fonction du thème abordé et non d’un style. Ce changement ne m’effraie pas, il me rassure !
10) Quel est, dans votre répertoire, le titre que vous préférez ? Pour quelles raisons ? Question difficile à expliquer comme la 2. C’est un peu comme demander : lequel de vos enfants aimez-vous le plus ? Et si vous avez le malheur de répondre, vous mettez la zizanie dans la famille ! Très sincèrement, pour chaque thème abordé, je lui ai consacré autant de temps que nécessaire. J’ai essayé de donner à chaque morceau, sa personnalité, son humour quand il le fallait, le détail important. J’ai invité le ou les musiciens qui me semblaient être la pièce maîtresse au titre, celui qui pouvait amener de sa personnalité, une autre approche, avoir à chaque instant le souci du travail bien fait. Après, j’ai des petits coups de cœur pour les thèmes qui me sont chers mais c’est uniquement pour le thème et non pour la réalisation.
11) Préférez-vous la scène ou le studio ? Le studio est le point d’orgue de tout un travail de création, de réflexion, de choix de thèmes, d’heures de travail. C’est la rencontre entre ma pensée initiale et sa réalisation. C’est un moment magique où j’ai souvent les larmes aux yeux, un peu comme une naissance. C’est pour moi émouvant. La scène est une rencontre entre ses créations et le public. C’est un moment de partage. C’est un moment convivial où l’on est heureux de se retrouver. Une fois de plus, répondre je préfère l’un à l’autre m’est impossible. Ce sont deux moments complètement différents mais qui vous apportent autant de joies.
12) Pendant la préparation d'un titre ou d'un album, quelle est l'étape que vous préférez ? Pour quelles raisons ? Le départ, la page blanche puis la réflexion qui s'en suit, afin d’élaborer le plan de travail, la structure. Ce travail cérébral puis sa mise en place concrète. Quand vous avez le squelette, ensuite le travail avance rapidement, comme un puzzle, chaque pièce trouve sa place.
13) Quelles musiques écoutez-vous en ce moment ? Le Boss (son best of), Beverly Jo Scott, Richie Sambora et son Undiscovered soul, Ray Charles (best of), Zucchero, Ramazotti, Bocelli, Gary Moore (Ballads & Blues)... Vous voyez, je suis très éclectique, sans oublier la radio quand je pars au travail afin de me tenir informé de la "mode".
14) Que pensez-vous d'Internet en tant que musicienne ? Internet est une porte sur le monde. Il permet un échange culturel, une communication très facile et rapide. Il m’a permis de rencontrer des personnes formidables, des musiciens talentueux avec lesquels je n’aurais jamais pu dialoguer autrement. Par exemple, à la fin d’un concert, c’est toujours difficile d’aborder la personne alors qu’avec internet, l’étape est simplifiée.
15) Et actuellement, quels sont vos projets ? Je ne vais pas tarder à reprendre « Filles de Blues », mon prochain album chanté afin d’en finir les arrangements. Et puis mon site encore et toujours à mettre à jour, à finir, dont les vidéos à insérer… Sans oublier peut-être une suite à Blue Note mais pour l’instant, je n’en suis qu’à la page blanche !
16) Seriez-vous prête à venir dans les pays nordiques pour nous rendre visite ? Mais j’y suis déjà ! Encore merci à vous pour cette ITV. En espérant que mes pas me mèneront un jour vers votre blanc pays nordique. Pays que j’aimerais beaucoup découvrir pour ses traditions, ses chamans et son charme polaire.
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ANNUAIRE MUSIQUE (29/05/07)
Magali Fortin : Il est toujours difficile de se questionner soi-même sur ses motivations, ses projets, ses attentes et pourtant... Si on le faisait plus souvent, on serait peut-être plus à même de vérifier si son bilan est positif. Et de rectifier le chemin si nécessaire. Heureusement que dans le Sud de la France nous avons la réputation d'être des gens très éloquents et même quand on a du mal à trouver le mot juste ou le terme approprié nous le mimons avec les mains ! J'espère ne pas devoir en arriver là, autrement il faudra prévoir une webcam pour finir l'itv ! Bref, on me questionne souvent sur mon travail, mes créations, la technique de création, aujourd'hui, j'ai plutôt envie de répondre sur des sujets différents. En voici quelques réponses... Annuaire Musique : Quel est le dernier disque que tu as acheté récemment ? Magali Fortin : Patti Smith "Twelve" Annuaire Musique : Quel est le plat que tu apprécies le plus ? Magali Fortin : Les plats italiens pour la convivialité, le côté familial, le partage qu'ils génèrent. Annuaire Musique : Ta couleur préférée? Magali Fortin : Le bleu pour l'espoir qu'elle donne. Cette couleur me séduit par cette ténacité qu'elle a, à rester dans les profondeurs de la mer, à recouvrir notre planète et le ciel ! Même de l'espace, elle est encore là ! Annuaire Musique : Ton film de science fiction préféré ? Magali Fortin : Stars Wars, Le seigneur des anneaux parce qu'il y a autant d'adéquation entre l'image, les évènements, les costumes, les effets spéciaux, les acteurs que la musique. Et je trouve cela merveilleux et envoûtant. C'est féerique ! Ah zut ! J'avais pourtant dit que je ne ferais aucune référence à la création ! Bon, on va alors s'arrêter là. C'est plus sage ! Un grand Merci à Annuaire Musique pour cet espace dédié. Annuaire Musique : Merci Emmanuel pour Annuaire Musique
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L'ENVOL POETIQUE (15/05/07)
"Je suis née dans le midi dans la France, plus exactement en Provence. Bercée par un père musicien et une mère mélomane, la musique a toujours rempli l'espace du foyer familial. Ce n'est que vers l'adolescence que j'ai commencé à poser du texte sur mes créations musicales afin de les transformer en chanson et c'est toujours avec un grand éclat de rire que j'avertis qu'il ne vaut mieux pas que je vous les fasse écouter. Puis, j'ai eu la chance en 1992 d'intégrer l'atelier d'écriture de Marseille (école Alice Dona/Dany Giordano - l'atelier méditerranéen de la chanson), animé par Claude Lemesle (président actuel de la Sacem) où j'y suis restée pendant près de 7 ans pour enfin prendre mon envol et de me retrouver par hasard sur votre site du même nom, avec mes remerciements pour l'invitation. Pourquoi l'écriture ? Mes motivations sont la création, la vue de la page blanche qui petit à petit se noircit ou plutôt se colorise, où se dessine un projet, un album. J'aime la concrétisation, la finalisation. Les mots sont pour moi un chemin ou peut-être des pavés que je pose les uns à la suite des autres afin d'essayer d'atteindre l'émotion, de la réveiller, mais j'aime également le chant des notes, le langage de la musique et lorsque le mariage se concrétise entre un texte et une musique, il est pour moi des plus heureux. Mozart disait : "Je cherche les notes qui s'aiment". Magali Fortin
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ZIKANNUAIRE (12/11/06)
Peux tu revenir brièvement sur le début de tes compositions, de ton envie de créer ? Magali Fortin : J’ai composé ma première œuvre musicale vers l’âge de 10 ans et ma première « chanson » vers 13. Et comme je dis toujours pour plaisanter, je préfère ne pas vous les faire écouter !!!!! Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à vraiment m’investir et à développer mon potentiel créatif auprès de différents professeurs. Un petit historique de ta vie d'artiste ? J’ai commencé à prendre des cours de piano puis un peu plus tard de guitare (que j’ai arrêté préférant le piano), de MAO et de chant lyrique au conservatoire de Musique. Ensuite, j’ai suivi les ateliers d’auteur de Claude Lemesle (Président actuel de la SACEM). Je fus assistante artistique puis j’ai enseigné le piano et enfin assistante de production au banc de montage au centre de Productions Audiovisuelles du SAN Ouest Provence dont un documentaire, Les camées, qui reçut l'image de bronze au Festival International des Métiers d'Art de Pézenas en 2000 (l'image d'or ayant été remportée par l'émission Faut pas rêver/France3 pour le document La manufacture de Sèvres ). Depuis, je suis conceptrice graphique en PAO pour une grande municipalité. J’ai réalisé 4 albums dont un cinquième en cours. Je fus soutenue par France Telecom, j’ai participé aux rencontres d’Astaffort (Francis Cabrel), j’ai été présidente du Jury des rencontres musicales organisés par l'association Musique en France (Ploneour Lanvern - Quimper - Finistère) en partenariat avec la SACEM (prix de 1000 € répartis en 3 catégories : auteur, compositeur, auteur compositeur interprète)… Tes compositions mêlent diverses sonorités. Quelles sont tes sources d'inspiration ? Tout ! Tout ce que j’entends ! Et que je n’entends pas : comme le silence ! J’aime beaucoup par exemple le bruit du marteau piqueur que je trouve très urbain et que j’ai inséré dans ma composition intitulée « crossing main street » dont la fin du marteau piqueur amène l’arrivée de la basse. Pour moi, la musique ne s’arrête pas à un instrument mais elle peut aller bien au-delà et c’est cette possibilité gigantesque qui m’intéresse. Au niveau matériel, es-tu fidèle à tes instruments, ou aimes-tu le changement perpétuel, la découvert de nouveaux instruments ? Justement, je m’intéresse beaucoup à introduire de plus en plus dans mes morceaux des sons « urbains », « futuristes »… Et j’utilise depuis peu à cette fin des vsti et pas toujours de l’audio. Tu chantes en français : ce choix révèle-t-il ton désir de composer une musique 'sans frontières' ? Une musique qui s'exporte ? Je chante en français parce qu’elle est ma langue maternelle et que je me sens à l’aise non seulement pour l’interpréter, pour la prononcer mais aussi pour l’écrire et me permettre une escorte de jeux de mots. Mais jamais, je ne chanterai une langue sous prétexte d’une manne économique. Je n’en vois pas l’intérêt. Chanter une autre langue, oui pour le plaisir de l’échange culturel et par amitié comme je l’ai fait avec Jerry Waddel, mais pas pour le business. Comment se passe la composition des mélodies, écriture des paroles, enregistrement dans le processus de création ? Je suis auteur, compositeur, interprète, arrangeur, producteur, ingé son, pianiste... Aussi, je sais rapidement ce que je veux, comme je le veux et la technique suit. Et puis à chaque album, j’ai une nouvelle expérience qui me fait avancer de nouveau. C’est une spirale qui m’entraîne et qui me met sur des rails. Et puis de nos jours avec les home studio, on a, à disposition, des outils qui vont bien au-delà de mes espérances. Cette technologie est merveilleuse ! J’ai toujours les yeux qui s’illuminent quand je sais tout ce que je vais pouvoir créer ! Un peu comme un enfant devant son train électrique ! En général, les mélodies me viennent spontanément et elles me servent en fait de cadre, de support, quant aux textes, il y a une réflexion plus importante comme dans mon choix des accords et des arrangements (son, instruments…). Voyage, évasion, souvenirs, rébellion... Quels sont selon toi les mots qui peignent le mieux ta musique ? Poésie, imagination, histoires. Peindre des histoires avec des notes mais aussi des mots, décrire des ambiances, des climats. Devenir une conteuse. Une troubadour du 21 ème siècle. Une troubadour contemporaine. As-tu le sentiment que ton style musical a beaucoup changé au cours des années ? Il change techniquement mais la griffe Magali Fortin est toujours là. Lorsque j’écoute mon premier album et le dernier, ils sont techniquement à des années lumières mais la voix, l’interprétation, l’humour musical ou écrit sont là. C’est donc bien du Magali Fortin. En ce sens, je n’ai pas changé, c’est la « périphérie » qui change. Les annexes. J’évolue en restant toujours moi-même comme dit le dicton « chasser le naturel et il revient au galop ». Comment perçois tu ces changements et comment les expliques tu ? Très bien. Je ne suis pas statique. Je reste à l’écoute des nouveautés. Je suis l’évolution et laisse libre cours à mon évolution technique. Je m’améliore, j’évolue. Je change tout en restant moi-même. Que demander de mieux ? Quel est, dans ton répertoire, le titre que tu préféres ? Aucun, je les aime tous. Je dis toujours que c’est un peu comme demander : lequel de vos enfants, aimez-vous le plus ? Et si vous avez le malheur de répondre, vous mettez la zizanie dans la famille ! Très sincèrement, pour chaque thème abordé, je lui ai consacré autant de temps que nécessaire. J’ai essayé de donner à chaque morceau, sa personnalité, son humour quand il le fallait, le détail important. J’ai invité le ou les musiciens qui me semblaient être la pièce maîtresse au titre, celui qui pouvait amener de sa personnalité, une autre approche, avoir à chaque instant le souci du travail bien fait. Après, j’ai des petits coups de cœur pour les thèmes qui me sont chers mais c’est uniquement pour le thème et non pour la réalisation. Quel regard l'artiste qui s'autoproduit porte-t-il sur le monde du disque ? Il est à la fois loin et si près… Loin parce que nous n’avons pas les mêmes critères de rentabilité. Je compose par passion et non pour en vivre, ce qui n’est pas le cas du monde du disque où l’argent des actionnaires fait loi et par forcément l’originalité. Si près parce que de toute manière, nous sommes confrontés eux et nous au même monde, c'est-à-dire que nous avons plus ou moins des traits communs tels que l’accès à la distribution et notamment ses nouveaux modes tels que le libre téléchargement, la licence globale. Et je pense qu’il est peut-être fort probable que la technologie nous amène à devenir complémentaire, voire créer des alliances. Pourquoi pas ? C’est à méditer. Sur la scène actuelle, quels sont les artistes qui te touchent ? Ceux qui restent authentiques, simples, accessibles avec une grande qualité humaine. Il n’y en a malheureusement pas beaucoup. Ils se reconnaîtront car ils savent combien leur action et créations m’interpellent. Je ne citerai pas de nom, d’une part par peur d’oublier quelqu’un mais aussi parce que je ne souhaite pas non plus entrer dans ce genre de débat : toi je t’apprécie, toi non. Quel sera l'après ? De nouvelles compositions, un album, des scènes ? Le prochain album « Un piano dans la ville » prévu pour courant 2007. Album uniquement instrumental autour des déambulations musicales d’un piano dans une ville. Certainement des co-productions. Mais toujours pas de scènes pour l’instant car le temps me manque mais je ne désespère pas de recommencer à revenir sur quelques planches. Affaire à suivre…
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BLUES-STATION (2004)
Magali, tout d'abord, je ne sais si je dois commencer par bravo ou merci. Blue note, c'est une incontestable réussite artistique. Très plaisant à écouter. Parle-nous de la diversité, tant de thèmes variés, d'influences et d'orchestrations différentes. Plus que jamais tu t'inscris dans une démarche généreuse et universaliste…ou t'arrêteras tu ? Magali Fortin : Cette diversité d'orchestrations vient très certainement de mon éducation musicale. Mes parents étaient des mélomanes passionnés, très diversifiés dans leur écoute. Mon père était très musique classique et ma mère très jazz, blues, rock'n roll, issue de la vague yéyé mais aussi de ma personnalité qui aime explorer de nouveaux domaines de composition en fonction des thèmes que j'aborde. Cette éducation musicale très étendue, je la retrouve dans mes compositions mais inconsciemment. Ce n'est bien souvent qu'à la fin du morceau comme celui intitulé « Blue Note » (qui a donné son nom à l'album) que je réalise que papa me faisait écouter le concerto pour flûte et harpe de Mozart interprété par Mady Mesplé quand j'avais 10 ans. Ou Social Slalom Slap Bass qui est très jazz et qui aurait pu appartenir au registre de ma mère. Je suis vraiment le mélange des deux, de manière très distincte avec ma personnalité qui intervient comme les 2 ou 4 pianos dans Boston time et Social slalom slap bass. Ou les sons dans Stop War qui représente et symbolise la Mort qui marche vers le champs de bataille en aiguisant sa faux. Ils m'ont influencée dans ma manière de concevoir et d'écouter la musique au même titre que mes prises de position. Quant à m'arrêter, je te répondrai : oui ! Le jour où je n'aurai plus assez de notes d'humour pour en jouer !
Blues-Station : Cet album s'inscrit à quelle place dans ton cheminement artistique ? Magali Fortin : A la 3ème ! Non, disons qu'entre Rocking chair et Envert et contre tout, j'ai franchi un pallier. Entre En vert et contre tout et Blue Note, je pense en avoir franchi un nouveau. Reste à voir entre Blue Note et Filles de Blues si je suis capable d'aller encore plus loin. Seul l'avenir nous le dira… Ce sera pour moi un nouveau challenge. Ce que je peux dire c'est que la réalisation de cet album m'a marquée autant que les autres mais d'une manière différente puisqu'il s'agissait d'un album instrumental. Il m'a obligée à utiliser toutes les ressources de mon imagination musicale, que tu ne peux travailler forcément dans les albums chantés et que tu mets souvent de côté malgré tout. En effet, il est difficile de faire intervenir 4 pianos derrière un couplet ou un pont surtout lorsque tu as un temps de 4 minutes. Ce qui laisse peu de place à un jeu débordant. A mon grand regret !
Blues-Station : Tu as toujours la même voix, rassure nous. On est impatient déjà d'entendre tes prochains titres chantés. Magali Fortin : Filles de Blues est donc en cours avec déjà 4 titres enregistrés mais je tiens à prendre du recul pour le finir. D'une part pour observer, s'il y a, l'évolution de Blue Note. Comment il est perçu, quel chemin il prendra… Et parallèlement ce laps de temps me permettra de réfléchir aux derniers arrangements de Filles de Blues, comment approfondir et présenter cet album. Je pense qu'il faut laisser le temps au temps. Et j'ai envie de me donner du temps ainsi qu'à ma famille. Quant à ma voix, elle n'a pas changé ! Elle a toujours l'accent du Sud sauf quand je chante ! Heureusement !!!!! Clin d'œil !
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BLUES-STATION (Noël 2003)
Et les femmes dans tout cela… Parce que le Blues a trop souvent relégué la femme au second plan, ce qui peut faire réfléchir. Eh bien , c'est tout réfléchi, je vous propose cette fois « L'e-terview » de Magali FORTIN. Magali FORTIN : "Enfin la parité ??! :-)" Blues-station : Chanteuse écrivant ses musiques et textes, on retrouve donc Magali FORTIN qui, après son album très remarqué « En vert et contre tout », enchaîne sur d'autre projets. On y va pour dix questions avec la « French Lady du Blues ». Bonjour Magali, merci d'avoir accepté de répondre à ces questions. As-tu une déclaration à faire avant de commencer ? Magali FORTIN : Etre interviewée par un des musiciens que j'ai invité, je trouve la démarche très intéressante. Je suis curieuse de découvrir les questions mais te connaissant, je suis sure qu'elles seront de très hautes qualités. Aussi, avant de commencer, si tu me le permets, je souhaiterais te présenter. Tu es donc Alain Messier, un des deux harmonicistes présents sur « En vert et contre tout ». Tu as joué aux côtés de Jerry Waddel et c'est d'ailleurs par ton intermédiaire et celle de Pierre Cudny que j'ai eu la chance de le rencontrer. Je profite de cette parenthèse ouverte pour dire que non seulement tu joues et chantes avec talent et brio mais que tu es plein de surprises. Je me souviens encore de notre première rencontre. Tu m'as appelée au studio en me demandant de venir te chercher à la gare et lorsque j'ai ouvert la porte pour partir te chercher, tu étais derrière ! Je me souviens aussi de quelle façon tu as cherché à venir jouer sur l'album. Le piège que tu m'as tendu digne des 3 mousquetaires ! Sans oublier que je pensais avoir invité un harmoniciste de renom et ce jour là, en plus j'ai rencontré un frère. Mon p' tit frère. En cela, c'est humainement géant. Voilà, on peut commencer ! 1/ Tu es super active, c'est parfois pas facile de te suivre. Qu'est ce que tu fais en ce moment… Tu as un nouveau CD en route je crois, et tu es aussi entrain de préparer un CD de musiques de film… J'ai bon ou je suis à côté ? Magali FORTIN : Effectivement, j'ai presque fini mon premier album instrumental intitulé « Blue Note » dont la sortie est prévue pour bientôt. Je pense premier semestre 2004. J'ai pris un peu de retard, il est vrai, mais déjà un morceau « No difference » vient d'être choisi afin d'illustrer un documentaire intitulé "A mots couverts" autour de l'équitation comme thérapie auprès d'enfants poly-handicapés et parallèlement un autre morceau intitulé "Fil Harmonique" (œuvre pour piano solo) a été sélectionné par la société Hebert-Ingelight afin de présenter un document sur le travail d'un groupe de concepteurs-lumière et éclairagistes de la région Rhône-Alpes au cours du salon Lumiville 2003. L'album s'annonce donc plutôt bien avant sa sortie officielle, j'en suis vraiment très heureuse. Je travaille parallèlement sur "Filles de Blues" dont je peaufine les arrangements. Cet album sera un hommage à la femme. Ce n'est pas du tout un album féministe, loin de moi cette idée. Il y a déjà quelques surprise et pointures musicales prévues (notamment masculines ! donc vous voyez, pas d'inquiétude !) mais je n'en dirai pas plus pour le moment. Je laisse planer le suspens. Les enregistrements et mixage définitifs viennent à peine de commencer. 2/ On entend beaucoup parler de toi…Tout et n'importe quoi : « Magali FORTIN c'est du Blues par essence », « Magali FORTIN c'est pas du Blues ». En tous les cas ce qui est sûr c'est que c'est du Magali FORTIN. Le mieux serait que tu nous dises d'ou vient ta musique. Magali FORTIN : Si tu considères que la musique, c'est du bruit qui pense (V. Hugo). Si tu pars du principe que toute source sonore est exploitable dans une orchestration. Ton alphabet musical ne va plus s'arrêter à tes douze notes et instruments traditionnels mais se diriger bien au delà. Tu te retrouves brutalement devant un prodigieux orchestre aux mille et une touches. Tu vas avoir un ensemble de possibilités fabuleuses. Tu vas pouvoir choisir et définir à chacun un rôle précis suivant l'évolution du morceau. Tu vas pouvoir construire une histoire aussi épaisse qu'un roman. Magali Fortin, c'est ce choix, c'est ce mélange, cette recherche. Par exemple, ce petit rideau (percussion) au solo de basse dans « En vert et contre tout » qui symbolise, qui imagine le courant qui traverse la faune et la flore marine et qui la fait bouger ainsi que ce chant de baleines où l'on ne sait plus à un moment donné si c'est la guitare de Jean-Louis, cet harmonica qui imite les chevaux d'un moteur de voiture par son souffle dans « A tombereau ouvert dans ta buick », ce silence d'orchestration au moment où je chante « seul sur ton pallier » dans « 3,4 whiskies » …. J'aime jouer avec toutes ces possibilités, ces couleurs de sons, ces nuances, cette symbolique, ce rappel sonore d'images, choisir un rythme et être « classique » aussi, certes. Tout dépend de mes besoins créatifs du moment. Je veux choisir un thème et créer l'ambiance musicale qui s'en rapprochera le plus pour le décrire. Je ne veux pas me mettre dans un carcan musical (nombre de mesures obligatoires, grilles d'accords conventionnelles) et y « ronronner ». Je m'y ennuierais très vite, vocalement, musicalement. Ma personnalité serait bridée. Mon imagination mourrait très vite. Je ne veux pas être une « puriste » dans tel ou tel domaine musical. D'ailleurs, si tu te réfères à l'histoire de la musique, tu remarqueras que des « puristes », il y en a eu certes mais on en serait à peine au chant grégorien et encore. Si l'on n'avait pas créé de nouveaux instruments comme le piano, le saxophone, la guitare électrique ou enrichi nos harmoniques, le blues, le jazz, la musique contemporaine... n'existeraient pas. Je veux connaître l'ensemble de la musique et ensuite pouvoir aller y piocher des idées et construire ainsi un univers pour chaque morceau. Je citerai, comme exemple d'orchestration récent, la musique du « Seigneur des anneaux », ou un peu plus daté, « Star Wars », « Pierre et le loup », « le carnaval des animaux » de Saint-Saëns et bien d'autres… Chaque instrument, chaque thème a sa place. La musique se réfléchit, se choisit, se pense. Pour moi, c'est primordial. Je veux comprendre et suivre l'information, ne pas être un auditeur passif. Si tu choisis un accord, une tonalité, une façon de jouer, un son d'instrument, c'est pour induire un climat ou un changement, une expression, pour dire à ton auditeur, attention, changement important dans le déroulement de l'histoire, par exemple. Alors que bien souvent, on utilise ces possibilités un peu au hasard soit pour éviter l'ennui à l'auditeur le plus souvent, soit par excès de zèle, ce qui n'apporte malheureusement et bien souvent rien au propos, si ce n'est une surcharge ennuyeuse, à part si elle est voulue justement par le thème ! Ah, ces compositeurs ! Gardienne d'un style ? Magali Fortin s'en défendra toujours. Je veux de l'espace créatif. Le jour où je ne m'amuserai plus à composer, à chercher le détail, la note qui va me surprendre ou le jeu qui va m'impressionner de différentes façons parce qu'il va coller au thème, le choix du musicien pour tel morceau parce que c'est celui là qu'il faut et pas un autre, un nouveau climat, une ambiance, le jour où je ne me sentirai plus évoluer, où je n'aurai plus de surprises à chaque écoute, où je ne prendrai plus de risques de réalisation, où je ne me mettrai plus en danger pour aller le plus loin possible dans la recherche musicale comme langage, je changerai de métier. C'est sûr ! Promis ! 3/ Pour ma part je pense qu'on occulte souvent tes qualités vocales. Le grain de voix c'est une chose acquise, mais ta musicalité de chanteuse ainsi que ta prononciation sont pour moi remarquables artistiquement. Parles-nous de ta façon d'intégrer ta voix sur tes titres. Magali FORTIN : C'est exactement la même recherche que lorsque je compose. J'aime jouer avec ma voix, me promener des graves aux aiguës, imiter le souffle du vent (dans « Filles de Blues »), la railler, murmurer, chanter un passage en lyrique ou en voix de tête mais toujours dans un même but : faire passer le message ou l'accentuer et essayer de donner de l'émotion. Bref, vivre mon morceau, l'interpréter. Tout dépend une nouvelle fois du thème abordé par le texte et la musique, ce qui me permet de changer de voix d'un morceau à un autre. Ecoutez bien ! C'est comme un puzzle, il faut que ma voix s'adapte parfaitement à l'ambiance du morceau. Ma voix doit être un instrument comme un autre. Je ne veux pas composer pour ma voix mais composer avec ma voix. Ne pas me limiter à elle, mais elle à moi ! C'est un immense défi de création à relever. C'est une nouvelle fois une recherche sonore. Mais il faut noter aussi que j'aime surprendre avec ma voix et ne pas chanter toujours de manière conventionnelle ou attendue. C'est mon choix d'interprétation. C'est ma personnalité. ps : sachant aussi que je dois dompter mon accent du Sud, ce qui n'est pas une mince affaire ! 4/ Tu composes sur quel instrument, les textes avant les musiques ou l'inverse ? Magali FORTIN : En fait, les mélodies sont dans ma tête à la différence des textes que je dois écrire pour ne pas les oublier. Après tout dépend. Je n'ai pas de règles précises. Le texte en premier puis je recherche la mélodie ou c'est le contraire ou simultanément comme par exemple le titre « Rocking chair ». J'étais partie à la poste et en chemin, je me suis mise à chanter dans la voiture, spontanément, tout me venait naturellement, le texte et la mélodie. Et là, j'ai été saisie de panique, j'ai vite garé la voiture, j'ai fouillé dans mon sac à la recherche d'un bout de papier et comme je n'en avais pas, j'ai écrit le texte sur le dos de mon chéquier. Par contre, la musique, je l'avais parfaitement mémorisée dans ma tête. Mais, ce genre d'histoires m'arrive, quand même, que très rarement. Je travaille beaucoup mes textes avec la méthode du brain storming. Puis, ce n'est que lorsque le texte et la mélodie tourne dans ma tête précisément que je travaille les arrangements. Seulement à ce moment là, je me mets au clavier pour la recherche des accords et la mise en place de l'arrangement. Par contre, lorsque je dois créer une musique pour illustrer un document, souvent je la travaille au clavier dès le début à moins que je n'ai déjà la mélodie dans la tête ce qui est très souvent le cas aussi. Je me souviens de Claude Lemesle qui nous disait toujours « lorsqu'on s'en souvient, c'est gagné ! ». Alors, j'essaie toujours de m'en rappeler avant de garder ! 5/ J'entends dire que tu es une chanteuse « engagée ». Je pense l'inverse en ce sens que je te trouve plutôt dégagée, dégagée des carcans , des clichés, plutôt très indépendante. C'est vrai que tu as des combats. Tu dis quoi de tout cela ? Magali FORTIN : Je dis qu'il faut foncer et ne pas attendre. C'est une question de volonté. On a des moyens techniques fabuleux à porter de mains, je pense à l'ordinateur, aux logiciels musicaux pour composer, mixer, traiter le son, des claviers aux sons fabuleux, des micros… dans une gamme de prix raisonnable pour le grand public. On a une richesse de savoir et de technicité musicale dans les bibliothèques, ce serait dommage de passer à côté sous prétexte qu'on attend « le producteur », « la maison de disques ». Cela me fait toujours bien rire cette attente. Attendre quoi ? Il faut regarder la réalité en face. A l'heure où l'on nous parle du home studio, de la vente directe de morceaux par Internet, comment peut-on percevoir l'avenir si ce n'est en auto-production. Peut-être aussi que je vous dis cela parce que je ne suis pas tombée sur la bonne personne, au bon moment, dans la bonne maison de disques ?! En tous les cas, pour l'instant, je ne suis pas prête de changer d'avis. J'ai besoin d'espace ! Je dois être claustrophobe !!!! Je pense aussi aux réalisateurs de documentaires qui sont bien souvent cameraman, monteur, producteur…. Ils ont plusieurs casquettes mais il n'y a pas de honte, au contraire ! C'est une richesse de savoir. J'aime discuter avec ces personnes qui connaissent leur métier parfaitement, de A à Z, qui le maîtrise. Et qui garde en plus les pieds sur terre. Sans folie de grandeur ou d'ambition démesurée. Je pense que l'avancée technologie nous permet cette indépendance, saisissons-la ! Je la considère comme une chance ! Je mets la création au premier plan. Je me focalise sur mon travail et tout le reste me passe au dessus de la tête. A partir du moment où je prends la décision de mener à bien un projet à titre personnel, peu m'importe si tel ou tel titre n'est pas à la mode ou «ne se vend pas ». L'important pour moi est d'aller au bout de la démarche artistique et d'en être fière. Je ne cherche pas à plaire mais à produire ce qui me tient à cœur. Je préfère travailler consciencieusement avec les moyens du bord qui sont d'ailleurs plus qu'honorable que d'attendre un summum qui ne viendra pas. Je suis très réaliste malgré mon côté un peu rêveuse ! 6/ On achète tes disques jusqu'au Japon. Sans passer par la Starac, de plus en plus de gens s'intéressent à ce que tu fais. La reconnaissance du milieu, du public, les succès, les échecs, t'en es ou avec ça, quelle distance tu as ? Magali FORTIN : Je porte mes œuvres avec passion et acharnement pour les finir. Je dis toujours en ce moment en plaisantant, « je porte mon cinquième enfant » en parlant de « Blue Note » (je n'en ai que 2 officiellement sur mon livret de famille !!!! Et je m'arrêterai là ! Pour le livret de famille !). Mon succès, c'est d'arriver au bout d'un album et d'en être fière. Mon échec serait de ne pas le finir. Pour l'instant, j'y suis toujours arrivée. Pourvu que cela dure ! La reconnaissance du milieu et du public m'encourage, c'est mon plus, la cerise sur le gâteau, la récompense suprême, j'en ai besoin et j'en suis heureuse, certes, mais je ne recherche pas la gloire et la reconnaissance par le biais de mes oeuvres. Je ne suis qu'une créatrice qui aime son travail et je suis toujours émue de recevoir de si beaux courriers. Alors je pense à Gepetto, le papa de Pinocchio et je me dis que je maîtrise comme lui l'outil créatif mais pas le devenir. En cela je n'en ai aucune maîtrise. Ce qui m'arrive n'est pas recherché. C'est un plus. Un beau + ! 7/ As tu une anecdote marrante à nous raconter, lors d'un concert , d'une prise en studio ou autre ? Magali FORTIN : Et bien justement pour compléter la question 6, je vais vous raconter cette anecdote. Lorsque j'ai décidé de commencer l'album « En vert et contre tout », j'étais dans une démarche artistique très simple. Présenter mes 11 titres guitare-voix, avec Jean-Louis Montalbano à la guitare, légers arrangements avec des nappes harmoniques un peu recherché mais vraiment épuré. Quelque chose de sobre. Et puis le hasard de la vie, des rencontres….J'ai invité Patrice Guers, à la basse, sur le morceau qui a donné son nom à l'album. Et là, je me suis dit, tu ne peux pas l'inviter pour lui faire jouer des rondes et des blanches tempo 67, ce ne serait pas sérieux. J'ai donc revu toute ma composition, l'arrangement complet. J'ai tout changé et refait. Et puis le hasard de la vie, des rencontres... Jerry Waddel s'est présenté avec toi, Alain, à ses côtés. Et là, je me suis dit, tu ne peux pas les inviter pour leur faire jouer ce morceau présenté ainsi. Et re-belote, j'ai donc revu toute la composition, l'arrangement complet. J'ai tout changé et refait. Et puis le hasard de la vie, des rencontres... Au fur et à mesure que l'album avançait, de nouvelles pointures se présentaient, je citerai Jean-Claude Ferraro, Cyril Achard, Ange Amadei. Et à nouveau, je réfléchissais, je changeais, je voulais vraiment aller jusqu'au bout de la démarche artistique, de la réflexion musicale. Ce qui n'était pas mon but premier. Et en fait, je me suis retrouvée très vite à gérer un album très élaboré, sophistiqué par rapport à sa forme initiale. J'ai donc commencé à paniquer, à stresser par peur de ne pas y arriver. Je me remettais en question tous les jours. Je m'interrogeais. J'étais très angoissée. J'avais le coeur qui battait tempo 240 à la double-croche !!!! Et le dernier jour d'enregistrement, il avait été prévu Cyril le matin et Ange et toi, les harmos, l'après-midi. Pour parfaire un des morceaux de l'album, j'avais remarqué que Ange imitait parfaitement le bruit de la locomotive à l'harmo. Je me suis dit s'il peut cela, il doit pouvoir sur le morceau de la Buick imiter le bruit du moteur, du déplacement d'air quand on double. J'ai donc demandé à Ange cette prouesse technique. Il me dit, tu sais, je vais essayer mais je ne te promets rien. Il partit donc dans la cabine et l'enregistrement commença. Et là, c'était tellement fabuleux, comme le son en plus n'était pas mixé, on avait l'impression qu'on doublait un truck, tellement c'était fort. Le jeu d'harmo était tellement superbe que je me suis dit, ça y est c'est dans la boîte ! Et là toutes les heures de travail, le stress, tout s'est libéré. J'ai la gorge qui s'est nouée et des larmes de joie ont commencé à perler. Au même moment Ange sortit de la cabine et se précipita vers moi afin de me demander ce que j'en pensais et là quand il me vit en larmes, il commença à paniquer, à s'affoler. Magali, ne t'inquiète pas, je vais tout recommencer, vite, vite, c'est pas grave. Et on avait beau lui dire que c'était parfait, le comique c'est qu'il ne nous croyait pas ! Dès qu'il voyait mes yeux bouffis, le doute le reprenait. En fait, on était stressé inconsciemment. C'est ce dernier moment qui a clôturé l'album. Album dont je garde un souvenir mémorable et merveilleux parce qu'il a été un album avec des rencontres humaines et musicales formidables et artistiquement on a tous joué le jeu à fond. On s'est vraiment tous impliqué, et on en a été récompensé bien au delà de nos premières espérances. On a vraiment formé une équipe avec Ali Laouamen, l'ingé son, et j'ai toujours dit en plaisantant mais c'est vrai que je me demandais si ces musiciens, qui avaient répondu présent, m'avaient accompagnée ou si je les avais accompagnés tellement je me suis impliquée autant qu'eux dans la réalisation de ces morceaux. 8/ Ta relation avec ton public est particulièrement proche. Je sais que tu mets un point d'honneur à répondre à chacun. Tes chansons sont si proches de ce que les gens « attendent » que de ce côté là, déjà, le Blues est indiscutable. L'Amour, la société, la planète… Magali FORTIN : Effectivement, je réponds personnellement à mes mails. Bien que si cela continue, je vais être obligée de prendre une secrétaire ! J'en reçois trop !!!! Comme dirait Paul Prébois : « Maman, j'ai peur !!!! » ! J'ai installé depuis peu un barrage filtrant par le bais d'un formulaire sur le site, outre les spams et cie, car je n'avais plus assez de temps pour tout lire, tout voir, tout écouter de ce que l'on m'envoyait. Je n'avais plus le temps de trier les messages importants du reste. A mon grand regret mais avec deux albums en route et un planning chargé… Et puis ma boîte aux lettres ne pouvait plus contenir des volumes de mails dont certaines pièces jointes allant jusqu'à 1 voir 2 Mo de MP3 ! Si je venais à m'absenter une semaine, c'était la catastrophe au retour ! Mais ce phénomène me dépasse. C'est involontaire de ma part. Je pense que les personnes qui m'écrivent se sentent concernées par mes textes, par mes engagements, par mes convictions. Ils s'identifient peut-être à mon propos, à ma personnalité, je ne sais pas. Car je suis loin d'être un phénomène de mode et je m'en garde bien. C'est toujours une surprise pour moi de découvrir ces courriers chaleureux et puis maintenant j'ai des amis un peu partout dans le monde. C'est génial et inattendu. Je suis fière de ce parcours et de ces rencontres. Pour finir, je suis comme Edith Piaf : Je ne regrette rien ! Et je continue ! 9/ Tes sons sur tes CDs c'est en général très moderne. Tu peux expliquer tes choix en terme de son. Magali FORTIN : Tout dépend une fois de plus du travail à réaliser (voir réponse N° 2). Si je dois composer un morceau « classique », je vais choisir les instruments qui appartiennent à un orchestre symphonique… Et puis si le thème nécessite une intervention autre, je vais rechercher des sons plus sophistiqués, voir plus « modernes » dans mes pads, samples, cds ou autres, ou je fais intervenir un musicien dans un domaine précis. Mon choix de son ? C'est peut-être tout simplement beaucoup de passion, de travail, des heures énormes à réfléchir, à penser, à écouter, à changer et à mettre en ordre. Une recherche musicale de chaque instant. 10/ Il est très possible que j'ai oublié quelque chose d'important. Alors je te demande de dire ce que c'est et de t'exprimer librement là dessus. Magali Fortin : Je voudrais simplement pour conclure peut-être vous définir ainsi l'appréhension que j'ai de la musique. « Comprendre la musique c'est comme plonger dans un roman. C'est une invitation au voyage. C'est regarder un film par la pensée. »
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KATIA HACENE (01/05/2004)
K.H : Bonjour, et bienvenue sur les pages de notre site ! Tout d'abord je vous laisse vous présenter. M.F : Bonjour à tous vos visiteurs, je me nomme Magali Fortin et je suis native du Sud de la France, de Provence où j'y réside depuis toujours. Je suis née à Martigues (ville que l'on surnomme la Venise provençale) à 50 km de Marseille. K.H : Quand et comment avez-vous commencé votre carrière artistique ? M.F : Si on prend comme point de départ ma première création, je dirai 1999 l'année de sortie de mon premier cd (single 5 titres à l'époque) grâce à ma rencontre avec Jean-Louis Montalbano. K.H : Pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de votre parcours ? Quels genres de chansons interprétez-vous ? M.F : J'ai un parcours très atypique. Après des études qui mènent à l'expertise comptable, où j'ai étudié la comptabilité, l'économie et le droit, les différents courant de pensée, Keynes, Smith, capitalisme, communisme... En fait, tout ce qui avait trait de près ou de loin à la gestion d'entreprises au niveau management, encadrement et gestion, j'ai décidé à la naissance de mon fils de tout laisser et de reprendre des études mais musicales cette fois. Aussi, étant donné mon âge qui avançait et ma charge de famille, j'ai opté pour des études rémunérées. Je travaillais et apprenais en même temps sur le terrain. Ainsi le soir et le week-end, bien souvent, je continuais à m'instruire en lisant des livres et en potassant un maximum d'informations utiles au but que je mettais fixé. Je révisais mes gammes, mes partitions afin de parfaire mon jeu musical au piano sans oublier à l'époque, les balbutiements de la création musicale par ordinateur (MAO). J'ai donc commencé à travailler en 1995 en tant qu'assistante artistique, puis en 1998 j'ai été engagée comme professeur de piano. De 1999 à 2002, j'ai travaillé comme assistante de réalisation au Centre de Ressources et de Réalisations Audiovisuelle du SAN où un de mes documentaires a été primé au Festival International des Métiers d'Art de Pézenas en remportant l'image de Bronze. Depuis 2002, je travaille en PAO et je réalise des documents de communication interne et externe pour une administration. Quant à mon oeuvre musicale on la définira peut-être comme un mélange de country, rock, folk, blues... Bref du Magali Fortin ! Ce sera plus simple ! K.H : Vous arrive-t-il aussi de chanter des textes écrits ou composés par d'autres auteurs ? M.F : Effectivement, j'ai mis en musique des textes d' Annick Taillé (3), Carole Martineau (1), Renaud Lorkovic (3) et Jean-Luc Petit Ternoise (1). En fait, ces textes me plaisaient énormément et de plus ne correspondaient pas du tout à mon style d'écriture. Cela m'a permis d'une part musicalement de rechercher une autre façon de travailler et d'autre part de ne pas m'enfermer dans mes propres créations uniquement, dans mes propres thèmes ou du moins même si nous avions des thèmes communs, ils étaient abordés différemment. Un peu comme lorsqu'un professeur vous donne une dissertation. Sur les 30 copies, il n'y en aura pas une identique. K.H : parlez-nous un peu de vos productions : CD, shows et autres. M.F : Je travaille actuellement sur mon 3ème et 4ème album (Blue Note et Filles de blues). Cela occupe très largement mon temps libre avec en plus les mises à jour du site (vidéos prévues, nouveaux extraits et morceaux audio…). Pour l'instant, mon planning est booké voir over booké, aussi je n'ai prévu aucun autre projet comme la scène par exemple. K.H : Des projets en perspective ? M.F : Je ne pourrais pas vivre sans projets. Ils me donnent du courage. Ils sont ma caféine ! Que ce soit à titre personnel, familial ou professionnel, je ne peux rester passive, dans l'attente. Je dois avoir cette sensation d'avancer, continuer ma route même à petits pas, s'il le faut, à me former dans mon travail créatif, chaque jour me remettre en question et à l'ouvrage. Commencer à prévoir mon 5ème album… Nostradamus voyait le futur, personnellement, je préfère le créer et non l'attendre. K.H : Peut-être un dernier mot ? M.F : Un grand merci à toi Katia pour cette interview et à vous lecteurs pour le temps consacré.
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LE WEBZINE GRATUIT.COM
Éditorial : 2 ANS... NUMERO ANNIVERSAIRE - Internet : Il m'avait fallut découvrir internet pour sentir qu'un support permettait un développement correct, tout en restant indépendant… et sans moyen financier… L'ambition n'ayant jamais été de rivaliser avec la télévision, la radio ou la presse écrite. MAIS DE FAIRE AUTRE CHOSE, AUTREMENT. Deux années : des écrivains, des chanteurs, des organisateurs de spectacles ont su utiliser ce réseau comme un véritable support médiatique, en vous offrant des livres, cd, places de concert. Deux années, quelques messages d'insultes, une kyrielle de virus reçus… mais SURTOUT des rencontres… Alors, pour ce numéro anniversaire, le souhait que l'interview du mois distingue un(e) artiste emblématique de "l'ère internet"… MAGALI FORTIN fut l'un de mes premiers web-contacts, attentive au côté novateur qui passait bien avant les compétences techniques informatiques alors très limitées… MAGALI FORTIN, qui sort justement son deuxième album… Stéphane TERNOISE L'interview du mois : MAGALI FORTIN, hymne bluesy rock à l'autoproduction assistée par internet… Le Webzine Gratuit : - Ta formation musicale ? Magali Fortin : J'ai baigné dans une ambiance musicale dès mon plus jeune âge avec un papa accordéoniste, musicien professionnel et compositeur pendant quelques années avant de se consacrer au métier d'architecte paysagiste, il aimait me faire écouter ses disques préférés en les commentant (symphonie fantastique d'Hector Berlioz, La Pastorale ou la Neuvième de Beethoven…) Il m'expliquait souvent que dans la musique, il y a plusieurs degrés de composition comme un roman harlequin face à un Victor Hugo. Niveau cours : le solfège, cours de musique avec papa et puis cours particuliers vers l'âge de 20 ans (piano et guitare) avec parallèlement inscription aux masters classes d'écriture de Claude Lemesle (Marseille-Ecole Alice Dona). - Et tu te lances " seulement " à 24 ans comme interprète ! - Cela faisait un moment que j'avais à l'esprit de m'auto-produire mais le coût de pressage pour 500 cds restait relativement élevé ainsi que les prises studio et je n'avais pas les moyens ni le courage. Mais les prix ont vraiment fondu très rapidement et le home studio a permis d'abattre un travail énorme avant la post-prod ce qui te fait gagner un temps fou, donc de l'argent, et en plus te permet de travailler chez toi, ce qui est génial. - Le pc a démocratisé et ouvert ces milieux fermés où l'argent était la clé d'accès. Quand tu arrives en studio, tout est prêt. Tu n'y vas plus que pour le mix, la finition, une prise de son pour un instrument particulier. Ma rencontre avec Jean-Louis Montalbano a été le déclencheur. La pièce du puzzle qui va relier toutes les autres. Jean-Louis animait des masters classes de Musique Assistée par Ordinateur et je venais juste de m'y inscrire… j'ai rencontré le guitariste que je cherchais pour mes chansons, pour la couleur que je voulais leurs donner. Il venait de fonder Médiasic, une association d'aide à l'auto-production et "Rocking chair" est sorti l'année suivante. - Ton option internet ? - En même temps que "Rocking chair" - 1999 - Pourquoi ? - Pour sa révolution dans le système de communication qu'il permet. Cette liberté. Tu peux dialoguer directement avec ton public. Tu y rencontres des personnes du milieu professionnel musical sans te déplacer. Se fermer à internet, c'est un peu comme vouloir laver sa lessive à la main ! Certes, je qualifierais l'industrie du disque peut-être pas figée mais fermée pour différentes raisons : mode, financier, mondialisation musicale. Tu dois être formaté. Alors comment faire quand tu n'entres pas dans les normes. Tu n'as qu'une solution : l'auto-production, via internet afin de te présenter. Et cette liberté, maintenant je ne l'échangerais pour rien au monde ! - Internet, tes attentes ? tu gères ton site ? Oui, je gère mon site mais je n'attends rien. Quand on attend quelque chose qui ne se réalise pas, on en reste aigri. Je n'attends rien parce que je n'ai rien à perdre. Ce n'est pas pour cela que je suis passive au contraire, je mets tout en oeuvre mais après il y a des paramètres que je ne contrôle plus et tant mieux, cela laisse un suspens. Mon plus beau cadeau, c'est quand je reçois un e-mail qui me dit : "c'est super, continuez, j'apprécie vos créations" pour moi cela vaut la plus belle récompense à laquelle un artiste peut aspirer. Je n'attends pas d'être reconnue par la profession mais par le public. Je vis au jour le jour tout en faisant en sorte de préparer mon futur. - Avoir "un public" en Roumanie, en Australie... c'est inespéré quelque part ? - C'est génial ! Il n'y a pas d'autres mots ! - 1999, c'est aussi les rencontres d'Astaffort... - Oui, une expérience musicale enrichissante. Ce que j'ai le plus appris là-bas c'est que le milieu musical est un milieu fermé, très difficile, c'est un champ de bataille, il y a la concurrence entre artistes, maisons de disques, radios, c'est une guerre permanente. Par exemple, on ne te diffuse pas sur certaines radios en auto-production, non pas forcément parce que tu n'as pas de talent mais parce que de te diffuser va empêcher une maison de disques de mettre un artiste en avant. C'est un milieu impitoyable et lorsque je suis revenue d'Astaffort, je n'avais pas du tout envie d'y mettre les pieds. Je suis revenue sereine car cela a confirmé ma route : l'auto-production. J'ai fait la rencontre en mars et en octobre sortait "Rocking chair" mon premier single 5 titres. Et deux cds 5 titres cartonnés ont donné naissance à l'album " Rocking chair ". - Comment en étant pas très connue on devient "Artiste soutenue par France Télécom." - J'avais envoyé des lettres un peu partout… et France Télécom a accepté de me soutenir. Tu es actif, tu cherches, tu tapes aux portes et puis il y en a qui s'ouvrent et c'est fabuleux. " EN VERT ET CONTRE TOUT " sortie officielle le 12 octobre 2002… Rock, blues, ballades… Ta " couleur " préférée ?! - Peut-être le rock, pour le rythme, la vitesse. En tant qu'interprète, dans ce style de chansons, tu es obligée de chanter avec vélocité, accentuer l'articulation. C'est presque un exercice de style. Les mots s'appuient sur les toniques, les temps forts de la musique sonnent et se répondent. Il y a un élan. Toutes les rimes intérieures forment un écho. C'est très grisant. Le texte prend alors une autre dimension, il percute, se répercute… Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier presque autant les autres styles, notamment ceux présents sur l'album ! C'est une autre démarche poétique, musicale. - Pourquoi l'album n'est pas 100 % rock ? ! - Ce qui me déplait souvent dans un album c'est la monotonie qu'engendre un style. Toujours la même grille d'accord, le même tempo, le même rythme à la batterie, la même tonalité bien souvent pour le chanteur... Et je n'aime pas la monotonie, le ronronnement. Varier les styles est un enrichissement musical et permet au niveau des textes d'aborder différents thèmes. On me reproche souvent de ne pas appartenir à un style. C'est une volonté de ma part. J'aime le mélange, le melting pot. Je n'ai pas l'intention de m'enfermer. Certains diront que c'est une fuite, être lâche musicalement de ne pas affirmer telle ou telle appartenance. Je ne le vis pas du tout ainsi, l'essentiel pour moi ce sont les idées que je véhicule au travers de mes albums et de mes créations. Après tout mon style n'est-il pas d'être avant tout Magali Fortin ? - Comment avec peu de moyens, on obtient le concours de 6 musiciens pour enregistrer cet album ? - L'amitié et peut-être quelque part l'idée de participer à une aventure musicale. - Dont Jerry WADDEL (références : Tina Turner, The Diamonds...) - Le hasard de la vie. Une superbe amitié également avec Jerry qui est un artiste fabuleux. Une pointure du blues. - Auteur-compositeur-interprète…. mais entourée... 5 auteurs... donc l'autoproduction n'est pas forcément être dans une bulle ? - Exact et surtout pas. Le fait de travailler avec d'autres auteurs et compositeurs te permet de "changer de décor" et de te mettre en danger. Ainsi tu peux savoir jusqu'où tu peux aller dans un texte qui ne t'appartient pas mais que tu apprécies et puis surtout cela t'évite de ronronner poétiquement ou musicalement. Car qu'on le veuille ou non, il est parfois difficile d'innover à titre individuel. - Financièrement ? - Je ne prends aucun risque ! Courageuse peut-être mais pas téméraire, je vous rassure. C'est une question de priorité que tu veux donner à ta vie. C'est juste un problème de volonté, de se jeter à l'eau avec les moyens et le temps que tu as à y consacrer. - Donc la chanson en autoproduction n'est ni un luxe de millionnaire ni de la sous production bâclée… - C'est vrai, quelque part, il y a un mythe qui tombe et il effraie peut-être certains artistes et maisons de disques qui voient en l'autoproduction une sous-production à bon marché, un sous-produit (évidemment quand tu veux tuer ton chien, tu dis qu'il a la rage) mais quand j'écoute ce que l'on nous sert à la radio et à la télé, je me dis qu'effectivement, il y a une sous-production mais dans l'autre sens, notamment financière, où la forme passe avant le fond. C'est une réalité et il faut vivre avec, à toi de choisir ton camp. Je n'ai pas d'état d'âmes en ce qui concerne le mien. Au contraire, je trouve qu'il est plus sain, plus honnête. Tu es ce que tu es, tu plais ou tu plais pas mais on ne te fabrique pas dans une sauce marketing pure et dure où tu dois impérativement plaire. Les budgets hollywoodiens, je crois que l'on s'en passera de plus en plus avec l'évolution de la technologie qui est devenue accessible au commun des mortels. De là, à en vivre, c'est encore un autre pas à franchir mais il n'est pas obligatoirement impossible, c'est juste une question de temps comme pour n'importe quel projet ou entreprise. - Tu as donc un travail "annexe" - Oui, je ne vis pas de mes créations. Je travaille dans l'audiovisuel en tant qu'assistante de réalisation dont un film a été primé au Festival International de l'Image des Métiers de Pézenas où il a reçu l'image de bronze. Je ne suis pas rentière, je ne vis pas aux côtés d'un homme richissime et lâcher un travail sûr pour l'incertitude, très franchement non, surtout lorsqu'on lit la presse, le problème du maintien du statut d'intermittent… et que l'on a deux enfants à élever. - Est-ce que les radios Sud-Est de la France te suivent ? - Pas toutes, il y a les radios qui ont une plage consacrée aux artistes indépendants, donc celles-là, elles te soutiennent quant aux autres, non ; il faut être réaliste, elles ne te diffuseront jamais car tu n'appartiens pas à une maison de disques. - Tu fais peu de scènes… - J'en ai fait une bonne vingtaine mais à l'heure actuelle, ce n'est pas ma priorité. Je n'ai pas envie de ramer ! Le jour où la scène me permettra un salaire et une vie décente peut-être. Pourquoi pas ? Pour l'instant, j'ai eu des propositions mais aucune de sérieuse donc... je travaille à mes compos ! - MAGALI FORTIN a trouvé la sérénité ? - oh oui ! Depuis Astaffort. A partir du moment où tu choisis ta route, que tu prends une décision en connaissance de cause, tu la suis. Je me remets en questions et je doute constamment mais je sais mes limites et mes capacités et je gère avec. J'ai quelque fois le blues mais... comme tout le monde ! Je positive toujours malgré tout ! - Est-ce que tu as l'impression d'être parmi les précurseurs, d'inventer le monde musical de demain ? - Je ne sais pas… nous sommes dans un monde en perpétuelle évolution. Je constate seulement que mon parcours est singulier mais c'est normal, internet n'était pas comme cela il y a 5 ans et sera différent peut-être dans 10. Nous avons chacun une route à suivre de part nos origines, nos conditions, notre façon d'aborder, d'appréhender le monde. Personnellement, j'ai constaté que la technologie me permettait de travailler différemment par rapport aux artistes d'hier et j'ai pris cela comme une chance. - A 30 ans, tu as appris quoi d'essentiel ? - Je citerai peut-être cette pensée de Yehudi Menuhin, excellent et fantastique musicien : "J'ai appris que mon rêve enfantin d'apporter la paix au monde entier était à la fois trop vaste (ne tenant pas compte que la paix et le bonheur de tout un chacun ne sont pas nécessairement compatibles) et trop étroit (...) En devenant plus réaliste que je ne l'étais jadis, je n'en suis pas moins devenu idéaliste. Je continue de me tourner vers la musique pour rapprocher et guérir ; je persiste à penser que le musicien est quelqu'un à qui l'on peut s'en remettre pour dispenser de l'apaisement à son prochain."
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LA GUITARE.COM par Julien Chosalland - 2002
Pour mieux connaître Magali et ses rapports à la guitare, nous lui avons posé quelques questions, interview…. LaGuitare.com : Ton disque est truffé de guitares, quel est ton son de guitare idéal ? Magali Fortin : Si je veux rester dans le mythe, je réponds Fender. Autrement, j'apprécie Ibanez qui est la marque de guitare de Jean-Louis Montalbano, le musicien qui joue sur presque la totalité de mes morceaux. Sinon, d'un point de vue d'arrangeur-compositeur, je dirais ceci : "peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse". C'est à dire, à un moment donné, peu importe la guitare mais celui qui en joue. En effet, cela me fait penser à une anecdote. Lorsque Jerry Waddell, l'artiste blues américain qui joue sur mon album, est venu à la maison, à la fin du repas, il a pris ma guitare et nous a joué quelques morceaux de son répertoire. Mon fils qui a 11 ans et qui pourtant connaît très bien ma guitare et le son qu'elle a me dit lorsque Jerry partit : - Maman, maman, Jerry a oublié sa guitare !!!!! Vite, vite il faut le rattraper !!! Avant qu'il ne prenne le train ! - Quoi ???! Mais enfin, tu ne reconnais plus ma guitare !!!!!? - C'était ta guitare ???! Et bien ça alors, Maman quand il joue, ta guitare c'est plus la même. C'est plus pareil maman. Il joue vraiment bien. - ???! (Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants...) LaGuitare.com : As-tu toi même des guitares, si oui lesquelles et te servent-elles à composer tous tes morceaux ? Magali Fortin : Oui, j'ai donc une guitare classique. Une Raimundo. Mais elle me sert uniquement, une fois que les morceaux sont composés, à m'accompagner afin de les présenter à mes enfants. Je prends ma grille d'accords et puis nous chantons tous les trois. Je dois dire que je joue façon "colonie de vacances" ou "autour d'un feu de bois", c'est-à-dire juste le strict nécessaire, en accords rythmiques ou arpèges. D'ailleurs, je ne m'aventurerai surtout pas dans un petit solo ! Je laisse la place aux musiciens qui m'accompagnent. Ma guitare est pour moi un dialogue musical de présentation. Au niveau composition, les accords et les mélodies sont dans ma tête et lorsque je me décide à les mettre en place, tout passe par mon clavier. J'ai, on va dire, une approche clavier et non guitare de la composition. LaGuitare.com : Peux-tu nous parler des invités sont venus jouer sur ton album ? Il y a donc 4 guitaristes qui ont joué Magali Fortin : Jean-Louis Montalbano qui joue sur la plupart de mes morceaux et ce qui est super c'est que je n'ai rien à lui dire, je lui envoie la pré-maquette. Il écoute, il joue au studio, j'arrive, j'écoute, c'est dans la boîte. La première fois, cela m'a fait un choc. J'avais comme l'impression qu'il connaissait mes morceaux depuis des années, qu'il les avaient répétés. En fait, je dirai que Jean-Louis est un excellent guitariste qui joue dans le style de mes chansons. Sans lui "Rocking chair" et maintenant "En vert et contre tout" n'auraient jamais existé. Je lui dois donc beaucoup au niveau de la direction artistique, de la réalisation de mes albums et de la couleur musicale qu'il leur a donné. C'est un virtuose talentueux, avec beaucoup de sensibilité et de fantaisie dans le jeu, un musicien dont il serait plus que dommage de passer à côté. Il est aussi le créateur d'un atelier musical, d'une méthode de guitare... et du site internet Médiasic.com. Il est le pilier de mes créations. C'est lui qui met la touche finale. Jerry Waddel, un artiste et guitariste de blues formidable. Un style, une couleur, un jeu personnel. Bref, une pointure également. Cyril Achard : Des deux morceaux que je lui ai proposés, il a choisi la ballade, chanson à laquelle je tenais particulièrement et il ne m'a pas déçu. Il y joue superbement avec beaucoup de sensibilité, de finesse, de technique. Vraiment une référence lui aussi.
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